Les vacances de l’assassin

dav

Mots clés: menottes, assassin, rouge, l’obscurité, couteau, neuf, strict, crépuscule, défense, Belgique, voler, panda.

Le voyageur en face de moi me regarde d’un air indigné depuis quelques minutes. On dirait que quelque chose le choque dans mon apparence. Est-ce parce que je porte des menottes ? Je sais qu’on prend rarement le train menotté, sauf si on est prisonnier et qu’on est accompagné de policiers. Mais quand même, nous sommes dans un pays libre, non ? Si je veux prendre le train habillé en costume de panda, j’ai le droit. Et je ne cesserai jamais de réclamer ce droit.

Comme l’homme n’arrête pas de m’observer de son air renfrogné, je soulève un pan de ma veste pour lui montrer un gros couteau accroché à ma ceinture. Puis je compte jusqu’à neuf avant de cacher mon arme. Comme je l’avais prévu, l’homme pâlit et évite désormais mon regard. Il fait semblant d’être profondément plongé dans la lecture d’un journal belge Le Crépuscule. Cela doit être difficile de se le procurer au milieu du Texas, beaucoup plus difficile que mes menottes et mon couteau. En réalité, c’est LUI qui est étrange.

Le contrôleur du train entre dans le compartiment. Il ne prête aucune attention à mes menottes. Je sors habilement mon billet de ma poche de derrière pour le lui montrer. Je suis peut-être un assassin mais j’achète toujours mes titres de transport.Derrière la vitre, le crépuscule envahit le paysage monotone telle une grande flaque de sang. Une dame d’un certain âge aux cheveux permanentés s’est endormie à côté de moi. Sa tête s’appuie lourdement contre mon épaule. Je contemple la veine qui pulse sur son cou ridé et je compte les battements de son cœur. Cette veine réclame d’être tranchée, c’est très tentant. Le voyageur en face intercepte mon regard fixé sur le cou de la passagère, il pâlit encore plus et se lève brusquement. Il grommelle quelque chose d’incohérent et quitte le compartiment avec sa valise.

Quel lâche ! Il me fait ricaner. Il va sûrement descendre au prochain arrêt et prendre le premier avion pour rentrer en Belgique. Ici, c’est trop dur pour lui. Too tough!

Je pousse tout doucement la tête de la dame. Elle émet un petit ronflement et sa tête penche de l’autre côté. Mon épaule est libérée et moi aussi. Non, aujourd’hui, je n’ai strictement aucune envie de tuer. Un assassin a aussi le droit de prendre des vacances de temps en temps, non ? C’est pour cela que je me suis mis des menottes ce matin avant de prendre le train. Pour résister aux éventuelles tentations qui s’offriraient à moi. C’est simplement pour me défendre contre ce monde imprévisible, vous voyez ?

Veronika

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Seven Writers. Three Languages. One City.
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