Jean n’aimait pas l’école. L’école le lui rendait bien, d’ailleurs, elle n’aimait pas beaucoup Jean non plus, élève dissipé et qui accumulait les mauvaises notes. Ces situations sont toujours problématiques car elles amorcent une spirale de plus en plus négative, avec des mauvaises notes de plus en plus fréquentes et des absences.
Enfin, des envies d’absence surtout. Jean ferait n’importe quoi pour échapper à une journée d’école. Se faire passer pour un malade, ça serait une excellente idée. Sauf que les parents de Jean sont tous les deux médecins et qu’ils savent très bien faire la différence entre un vrai malade et un petit Jean qui fait croire à une maladie. Il n’a jamais réussi à les bluffer, d’ailleurs, même s’il est vrai que ses simulations de tuberculose ou de malaria n’était certainement pas très crédibles. Les habiles parents voyaient très vite que les symptomes décrits par leur petit patient mythomane ne correspondaient jamais aux maladies autoproclamées.
Jean eut alors une idée. Les étagères de la maison regorgeaient d’encyclopédies médicales. Il lui suffirait de choisir une maladie précise et d’en étudier très exactement tous les symptomes, afin de mettre son numéro de malade au point. Moyennant un petit effort de mémoire, Jean pourrait alors goûter aux joies d’échapper à une nouvelle journée d’école.
Jean porta son choix sur l’appendicite. C’est bien, l’appendicite, c’est plausible pour un enfant de son âge, ça peut arriver à n’importe qui et les symptomes sont faciles. Il suffit de bien dire « Aïe » lorsque son père ou sa mère appuiera à un endroit précis de son ventre et de ne pas dire « Aïe » aux autres endroits, et le tour est joué. Jean relut plusieurs fois le chapitre de l’encyclopédie médicale, puis remit précautionneusement l’ouvrage à sa place sur l’étagère.
Le plan de Jean avait fonctionné à merveille. Il jubilait de son talent de comédien car ses deux parents étaient tombé dans le panneau. « À coup sûr c’est une appendicite », assurait son père. « Ça en a tout l’air » confirmait la mère, ayant à son tour procédé à toutes les palpations sur le ventre de Jean, et lui caressant le front. « Il faut opérer de toute urgence », s’écrièrent les deux parents.
Jean était à présent dans le couloir de l’hôpital, allongé sur une table et prêt pour l’anesthésie et l’opération.
Il se sentait un peu ridicule. Ce n’était pas la journée de congé à laquelle il avait rêvée. Lui qui pensait qu’il resterait au chaud devant la télévision voit les heures qui défilent ici dans les couloirs de l’hôpital. Sa journée sans école est presque totalement gâchée.
Lorsque le chirurgien découvrit l’appendice de Jean, il s’écria avec stupeur que cet enfant n’avait absolument aucune inflammation et que l’organe était même en parfaite santé !
Convoqué sur le champ, le père de Jean préconisa que l’on procède malgré tout à l’ablation de l’appendice – au moins, ça évitera qu’il refasse le coup – et attendit avec impatience le réveil de son fils pour lui passer un solide sermon et le renvoyer à l’école dans les plus brefs délais.
Pour sa punition, Jean dut apprendre par cœur la liste de plusieurs maladies, leurs causes et les symptomes associés. La punition a visiblement porté ses fruits car vingt-cinq ans plus tard Jean est à présent médecin-chef de l’hôpital Delta.


